Société des auteurs de radio, télévision et cinéma

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Bulletins l'Info-SARTEC - Mot de la présidente | July 5, 2012

La seizième écriture

Yves Lacombe

Par Sylvie Lussier

Combien y'a-t-il de niveaux d'écriture à une œuvre audiovisuelle ? Les discours qu'on entend depuis quelques années de la part de plusieurs dans l'industrie laissent croire que l'écriture est en fait un exercice évolutif en plusieurs étapes. Le scénariste écrit le premier niveau sur lequel les autres créateurs et artisans vont à leur tour  « écrire » leur contribution à l'œuvre. Sans vouloir minimiser d'aucune façon l'apport créatif de chacun dans l'élaboration d'un film, d'une web série ou d'une émission de télévision, j'aimerais qu'on arrête de galvauder le terme écriture. Écrire, c'est écrire. C'est coucher sur papier des signes graphiques. Et quand on a le talent et l'inspiration qu'il faut, ces signes forment un scénario à partir duquel d'autres créateurs peuvent à leur tour exercer leurs talents spécifiques.

L'écriture n'est pas un gâteau de noces. Il n'y a pas de deuxième, troisième, quatrième étages. Réaliser n'est pas écrire.  Monter n'est pas écrire. Composer de la musique pour un film ou une émission de télévision n'est pas écrire cette émission ou ce film. Bien sûr tous les aspects créatifs et l'apport de chacun sont essentiels à la fabrication d'une œuvre. Les œuvres audio-visuelles résultent d'un travail d'équipe.

Écrire, c'est écrire.

C'est coucher sur papier des signes graphiques.

Nous travaillons en collaboration et parfois les aires de création se chevauchent. Toutefois bien que souvent les scénaristes décrivent dans leurs scénarios  l'atmosphère d'une scène, les déplacements du personnage, ses états d'âme, on ne prétend pas faire de la pré-réalisation ou de la pré-direction d'acteurs. Et le découpage de l'histoire en scènes ? Est-ce un pré-montage ?

Au-delà d'une dérive sémantique, ces revendications du terme d'écriture pourraient mener à une éventuelle reconnaissance des divers artisans en tant qu'auteurs de l'œuvre et à un partage des droits d'auteurs entre tous ceux qui auront « écrit » l'œuvre du premier au dernier étage. Ce n'est pas une vue de l'esprit. Les ingénieurs de son tchèques tentent depuis 2006 de faire reconnaître leur légitimité à toucher des droits d'auteur. Vous pouvez lire un article à ce sujet sur ce lien :

 http://merlin.obs.coe.int/iris/2006/5/article100.fr.html

À une époque où il est de plus en plus difficile de percevoir des droits sur les multiples utilisations de nos œuvres, il serait surprenant que d'autres réussissent à obtenir de nouveaux droits. On peut tout de même craindre une redistribution des droits déjà existants entre un plus grand nombre de créateurs.

Notre industrie foisonne d'artistes et d'artisans de grand talent et ce à tous les niveaux de création. Leurs tâches sont complexes et variées. Leur apport, essentiel. Parmi eux, celui qui écrit, c'est le scénariste. 

Sur ce, bonne écriture et bon été.

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