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Nouvelles | Oct. 16, 2019

La mort sous le signe de la légèreté

Marquise Lepage Photo: Frédéric Bouchard

Par Frédéric Bouchard - Quotidien Qui fait Quoi - Le mercredi 16 octobre 2019 No 582

Dans cette entrevue accordée à Frédéric Bouchard, la scénariste et réalisatrice Marquise Lepage nous parle de son dernier opus « Apapacho : une caresse pour l’âme » le deuil et la mort se retrouvent sous le signe de la légèreté 

Dans « Apapacho : une caresse pour l’âme », Marquise Lepage s’intéresse au périple de deux soeurs, Estelle et Karine, alors qu’elles se rendent au Mexique à l’occasion de la Fête des Morts quelque temps après le décès de leur soeur Liliane. En abordant les thèmes du deuil, de la mort, de la famille et de la sororité, la réalisatrice cherchait à traiter ces enjeux de manière plus audacieuse et plus légère. Un peu à l’image du fameux film de Roberto Benigni, « La vita è bella », où nous pouvions rire dans une oeuvre se déroulant dans la Seconde Guerre mondiale, la cinéaste désirait faire sourire les spectateurs dans un contexte très sombre.

« C’est difficile de mettre une étiquette sur ce film. Ce n’est pas un film dramatique ni une comédie. Nous pourrions peut-être dire que c’est une comédie dramatique, explique Marquise Lepage en entrevue avec Qui fait Quoi à propos de cette oeuvre coproduite avec le Mexique. Les Mexicains m’ont fait ce cadeau et c’est pour cette raison que j’ai voulu faire un film sur ce sujet. J’ai découvert leur façon de faire à une époque où j’étais en deuil. Et c’est devenu précieux pour moi dans la façon de voir les gens que j’aime. »

À travers ce ton plus humoristique qu’elle déploie tout au long du film, la réalisatrice s’amuse notamment beaucoup avec les moments où les personnages parviennent difficilement à communiquer entre eux en raison des barrières de la langue, ce qui provoque les meilleurs rires du récit.

« L’étranger nous fait toujours peur. Et lorsque la rencontre se produit, c’est plus drôle qu’autre chose, notre incapacité à communiquer dans un autre langage ou d’arriver avec des cultures différentes. C’était vraiment comme ça pour Fanny Malette. Elle ne parle pas espagnol, comme son personnage. Et le comédien avec qui elle a surtout joué, Arturo Ríos, ne parle pas du tout anglais. Ils se sont apprivoisés comme moi je les imaginais dans le film », relate-t-elle.

Outre ces deux acteurs qui campent Estelle et Jorge, ainsi que Laurence Leboeuf qui prête ses traits au personnage de Karine, Marquise Lepage a eu à s’entourer d’un groupe de plusieurs jeunes comédiennes interprétant les trois soeurs à différentes époques. « J’adore travailler avec des enfants. J’aime beaucoup leur fraîcheur et leur spontanéité. Bien sûr, elles ont moins d’expérience, mais elles offrent autre chose », glisse-t-elle.

Elle a d’ailleurs été particulièrement chanceuse puisque hormis la petite Justine Therriault qui devait défendre une Karine âgée de 4 ans, toutes les autres jeunes possédaient déjà de l’expérience.

À la musique, la cinéaste a collaboré avec le musicien et compositeur québécois Charles Papasoff et le Mexicain Rubén Luengas qui ont chacun insufflé leur propre touche culturelle au projet. « Et ce qui est bien est qu’ils ont tout enregistré la musique ensemble au Mexique pour qu’il y ait une fluidité et que nous ne sentions pas de clash entre les deux compositeurs », souligne Marquise Lepage.

Au terme de cette expérience de coproduction où elle a tourné à Cuicatlàn grâce à l’expertise de l’entreprise mexicaine Cornamusa Producciones, la cinéaste développe quelques projets, dont un film qui serait tourné au Nuvavut auprès des communautés inuits et qu’elle chapeauterait exclusivement à titre de productrice, et un autre long métrage qu’elle scénariserait et réaliserait, inspiré d’un fait vécu ontarien qui serait recréé au Québec.

« Apapacho : une caresse pour l’âme » prend l’affiche le 18 octobre.