Société des auteurs de radio, télévision et cinéma

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Mot du président | April 4, 2015

Une longue lignée

Robert Etcheverry

Par Mathieu Plante

Je suis le tout nouveau président de la SARTEC, certes, mais certainement pas le premier. En fait, je suis très exactement le vingt-troisième. Tous ces ex avaient des personnalités et des visions bien différentes, mais partageaient ce même désir de faire avancer la cause des auteurs. L'idée m'est donc venue d'interviewer les six derniers Président(e)s afin de sonder leurs mémoires pour mieux comprendre leurs philosophies respectives. Vous pourrez d'ailleurs lire l'essentiel de leurs propos dans les pages qui suivent.

DISCUTER AVEC LES EX

DE LA PRÉSIDENCE

Cet exercice m'a permis de réaliser que les choses ont bien changé depuis les années 1980, où tout restait à faire. Même si notre première entente collective avec Radio-Canada a été signée dès 1956, il a fallu patienter de nombreuses années avant de signer avec l'ONF (1984), Télé-Québec (1987), l'Association des producteurs (en 1992 pour la télévision et en 1999 en cinéma), TVA (1999), TVOntario (2002), TQS (2004) et finalement couvrir le secteur du doublage par une entente avec TVA en 2010, puis avec l’ANDP en 2012.

On est moins manchots qu'on l'était, mais certains dossiers piétinent encore et plusieurs problèmes persistent. Les câblodistributeurs ont encore le gros bout du bâton, peu de productions web sont couvertes par nos ententes et une étude de fraîche date laisse paraître que sur plus de 4 000 productions ayant reçu du financement public près de la moitié se font hors des ententes collectives, et parfois même sans le moindre contrat, malgré le fait que depuis 1987 la Loi provinciale sur le statut de l'artiste vise à assurer à tous les artistes des conditions de travail minimales.

Discuter avec les ex m'a aussi aidé à mieux définir ma vision de ce que doit être un Président de la SARTEC. Pour moi, la fonction exige de constamment être sur un pied de guerre, de nourrir au quotidien sa colère. Mais avec tout ce qui cloche dans notre industrie et la chronique sourde oreille que nous font les deux paliers de gouvernement, c'est presque chose facile d'avoir la marmite en ébullition constante.

À contrario, le plus grand plaisir qu'on puisse éprouver en occupant la fonction de Président, c'est de rencontrer une foulée de gens tous plus intéressants les uns que les autres, autant les représentants des autres associations que nos propres membres SARTEC. À cet effet, la petite soirée informelle organisée à L'Amère à boire le 25 février a été une réussite absolue. Un excellent moyen de mélanger les générations d'auteurs, des plus jeunes aux plus expérimentés. Ça a été un savoureux plaisir de discuter avec vous tous et on va remettre ça au plus vite...


La passation des responsabilités

Comme promis, voici mes entrevues avec six des ex de la présidence. J'ai succédé en novembre 2014 à Sylvie Lussier qui était en poste depuis 2008.

  • Sylvie Lussier | 2008-2014

    Sylvie, quels ont été les moments marquants, les grands enjeux durant tes années de présidence?

    Il y en a eu beaucoup. La montée en flèche des nouvelles plateformes et leur impact sur les droits d’auteur. Les négociations de plus en plus difficiles avec les diffuseurs et producteurs quant à l’utilisation des œuvres, entre autres. Les nombreuses consultations du CRTC sur l’avenir de la télévision ou en ce qui concerne les nombreuses transactions dans le monde des médias.

    Je crois fermement en l’importance de la collaboration pour tous les acteurs du milieu culturel.

    Il y a aussi eu l’intersyndicale, un regroupement de cinq syndicats amis, pour les activités de lobbying et de représentation. Une initiative de l’AQTIS à laquelle la SARTEC a été très heureuse de participer. Je crois fermement en l‘importance de la collaboration pour tous les acteurs du milieu culturel.

    On a aussi récemment organisé un colloque sur l’importance économique de la culture. Ça n'a pas été facile à organiser, et pas aussi populaire que je l’aurais espéré, mais primordial quand même.

    Sans oublier la cause de Claude Robinson. Après la déception en cour d’appel, on n’osait espérer sa victoire en cour suprême. Dans la même foulée, l’immense mouvement de soutien populaire à sa cause par le biais du Fonds Robinson. On a amassé près d’un demi-million. C’était au-delà de nos plus folles espérances.

    Je pense aussi à la collaboration, le respect, la bonne humeur et le dévouement des trois conseils que j’ai présidés. Ça fait têteux, mais j’en suis très fière.

    Y'a-t-il un dossier que tu n'as pas eu le temps de mener à terme?

    Encadrer les productions web et attirer plus de leurs auteurs dans le giron de la SARTEC.

    Est-ce que ça a changé ta façon d'écrire de devenir Présidente? Est-ce que la conciliation a été difficile? 

    J’étais sur le conseil d’administration depuis douze ans quand j’ai accédé à la présidence. Malgré toute cette expérience, je n’avais pas réalisé à quel point la charge de travail serait plus importante en devenant Présidente.  Donc discipline, discipline, discipline et moins de projets développés. On peut pas tout faire. Avec en prime un coauteur bien compréhensif (Pierre Poirier) qui compensait quand l’étau se resserrait trop.

    Et ton rapport avec les producteurs, est-ce qu'il a changé?

    Pas tellement. J’ai continué à aimer ceux qui sont mes amis. Malgré les rencontres en comité de négos. Il faut faire la part des choses. On défend des intérêts parfois divergents, mais on reste les mêmes personnes.

    Est-ce que tu te souviens d'une anecdote amusante?

    Oui. Mon élection comme chairman de l’International affiliation of Writer’s Guild. J'ai jamais compris pourquoi ce regroupement de guildes d’auteurs, anglophones pour la plupart, m’avait choisie. Je sais bien que je suis charmante, mais il y avait sans doute des jeux de coulisse auxquels j’étais totalement imperméable. Bref, j’ai fait de mon mieux durant les deux ans de mon mandat sans me prendre trop au sérieux. Mais diriger une conférence téléphonique en anglais avec des participants ayant l’accent britannique, irlandais, néo-zélandais, australien, etc. J’avais outrepassé joyeusement mon seuil d’incompétence !

    © Yves Lacombe

  • Marc Grégoire | 2002-2008

    C'est Marc Grégoire qui avait précédemment occupé le poste de Président, de 2002 à 2008.

    Marc, peux-tu me décrire brièvement les grands enjeux, les grands débats de ta présidence?

    Mon but c’était d'offrir le plus de visibilité possible aux scénaristes. J’en ai donc parlé sur toutes les tribunes.

    Et c’était quoi, le moment le plus marquant de ta présidence? 

    Ce fut à ma première année. La SACD voulait que les réalisateurs reçoivent des redevances comme coauteur de l’œuvre télévisuelle, ce à quoi la SARTEC ne s’opposait pas. Le hic, c’est que la SACD voulait venir piger dans notre package de redevances, et donc diminuer celle des auteurs. J’ai engagé la bataille, fais appel aux scénaristes, et à l’Assemblée générale de la SACD, environ cent scénaristes se sont présentés et le projet a été retiré. 

    PLUS DE VISIBILITÉ

    AUX SCÉNARISTES


    Ton rapport avec les producteurs a-t-il changé à cause de tes fonctions de président?

    Je dirais que oui, mais dans le bon sens. Étant porte-parole des scénaristes, je voyais qu’ils comprenaient très bien que je travaillais pour que les productions soient de la meilleure qualité possible, et ils me respectaient pour ça. Mon leitmotiv était : on est condamné à travailler ensemble, essayons de pas nous haïr, ça va être tellement plus le fun!
      
    Te souviens-tu d'une anecdote amusante sur tes années de présidence?

    Le gouvernement Harper avait annoncé des coupures dans la culture from coast to coast. Il y avait une rencontre de prévue à Ottawa avec Bev Oda, la ministre du Patrimoine. Je me retrouve donc sur place, et je suis le seul francophone avec une dizaine de représentants de la WGC, de l’ACTRA, etc. D’autres intervenants participaient à la rencontre par audioconférence, de Vancouver à Halifax, dont Raymond Legault, alors Président de l’UDA

    À un certain moment, Raymond s’adresse à la ministre en français. Je suis juste à côté de Bev Oda, je la vois qui écoute. Lorsque Raymond s’arrête de parler, elle se penche vers l’appareil d’audioconférence et  lui répond  avec un grand sourire : « Merci beaucoup! » Je me retourne vers elle et je lui dis, en anglais : « With all due respect, Madam Minister, that was a question… » Disons qu’elle a eu l’air folle, tandis que tant Raymond que moi étions furieux. Une ministre du Patrimoine unilingue anglaise! Disons qu’elle ne passera pas à l’histoire.

  • Annie Piérard | 2000-2002

    Annie Piérard a pour sa part été Présidente de 2000 à 2002.

    Qu’est-ce que ça te fait de repenser à tes années de présidence, Annie?

    Je me souvenais plus à quel point la SARTEC était active sur de nombreux fronts : transparence, reconnaissance, protection, mondialisation, francophonie, formation, visibilité, conditions de travail, dérèglementation, solidarité,  programmes gouvernementaux, relations avec les autres associations, et j’en passe. J’ai souri à la lecture des courriels dans lesquels les membres du personnel m’appelaient affectueusement «Sa Majesté»; j’ai été étonné de la variété des débats qui avaient cours entre les membres du Conseil. J’ai été émue en pensant à toutes ces amitiés que je n’ai pas entretenues et qui sont presque disparues.  

    LA PLACE ESSENTIELLE ET VITALE DU SCÉNARISTE

    C'était quoi le moment le plus marquant? 

    Je dirais que ce dont je suis le plus fière, ce sont tous ces efforts pour rappeler ou faire découvrir la place essentielle et vitale du scénariste dans l’œuvre audiovisuelle. Que ce soit par l’entremise des colloques que nous avons organisés, des prix de scénarisation que nous avons initiés, des modifications que nous avons fait apporter dans les programmes gouvernementaux, des ajustements que nous avons demandés à la présence du scénariste dans le rayonnement d’une œuvre, nous avons collectivement beaucoup amélioré notre visibilité et notre reconnaissance, à la fin du dernier siècle. Je souris en pensant aux premières Soirées SARTEC au Rendez-vous du cinéma, organisées à bout de bras avec Diane Cailhier; une heure avant le début de l’événement, on écumait les dépanneurs du coin à la recherche d’assiettes d’aluminium qui feraient office de cendrier, objet indispensable en ces temps révolus!   

    Un autre dossier qui me tenait beaucoup à cœur est celui de la formation. Les programmes de parrainage mis au monde en mariant le ministère de la main-d’œuvre et celui de la culture n’ont pas été faciles à réaliser, mais ont profité à bon nombre de jeunes scénaristes.  Aujourd’hui, alors que je côtoie des scénaristes en début de carrière, l’importance de ce genre de programme m’apparaît encore plus grande. 

    À contrario, quel serait le dossier que tu n'as pas eu le temps de mener à terme?

    J’ai relu mon dernier rapport de Présidente. Les préoccupations associatives, syndicales ou citoyennes, exprimées dans ce rapport, continuent d’être pertinentes aujourd’hui.  Et elles ressemblaient probablement à celles de Suzanne Aubry avant moi, et à celles de Marc Grégoire après. Au fond, les avancées technologiques, les gouvernements qu’on élit et la conjoncture économique changent les objets de nos batailles, mais les grands dossiers, somme toute, peuvent rarement être fermés.    

    Qu'est que ça a changé dans ton travail d'auteure d'être présidente? La conciliation entre l'écriture et les tâches de présidente a-t-elle été facile?

    Être membre du conseil d’administration de la SARTEC, et en particulier Présidente, occupe plusieurs heures dans une semaine, voire plusieurs jours. Est-ce une fuite pour ne pas écrire? Sans aucun doute. Mais, on peut aussi se dire que trop de temps devant soi, ce n’est pas optimum pour créer! Peut-être que mon passage à la SARTEC m’a appris à être plus concentrée lors de mes heures d’écriture.  

    Davantage que la conciliation Présidente/scénariste, les tâches de présidente et de parent ont été, pour moi, difficiles à arrimer. On peut prévoir les défis scénaristiques qui nous attendent dans les jours suivants, mais les défis parentaux regorgent de surprises!    

    Et finalement, être dans le conseil d’administration m’a permis de côtoyer deux autres membres, Michel D’Astous et Anne Boyer, qui m’ont proposé de faire partie de l’aventure scénaristique de 2 frères. Sans cette rencontre, je n’ai aucune idée où j’en serais aujourd’hui. Mon passage à la SARTEC a complètement transformé ma vie d’auteur.  

    Ton rapport avec les producteurs a-t-il changé à cause de tes fonctions?

    Ce sont surtout les huit ans que j’ai passé sur le conseil avant d’être présidente qui ont changé mes rapports avec les producteurs. D’avoir une vue d’ensemble du milieu m’a fait prendre conscience que, compte tenu des moyens dont nous disposons, créer en français des œuvres d’une qualité acceptable qui réussissent encore à occuper une place importante dans le coeur des Québécois, tient du miracle. Producteurs et scénaristes sont des partenaires dans la fabrication de ces œuvres et ont tout intérêt à faire preuve de solidarité.  Je crois que c’est avec cette philosophie que j’ai essayé d’aborder la présidence de la SARTEC. Ça n’a pas toujours fonctionné.  Mais, même si on fait des détours, l’important, c’est d’avancer. 

     
  • Suzanne Aubry | 1996-2000

    De 1996 à 2000, le conseil d'administration a été présidé par Suzanne Aubry.

    Suzanne, peux-tu me décrire brièvement les grands enjeux de ta présidence?

    J’avais deux objectifs en tête lorsque je me suis présentée à la présidence de la SARTEC : l’amélioration des conditions socio-économiques des auteurs et le développement de nos liens avec d’autres associations d’auteurs au Canada comme à l’étranger, et aussi tenter un rapprochement avec les réalisateurs afin que nos rôles respectifs soient mieux compris. À l’époque, l’Association des réalisatrices et réalisateurs du Québec (ARRQ) affirmait que le réalisateur était le seul auteur de l’œuvre audiovisuelle.

     

     

     

    L'AMÉLIORATION DES CONDITIONS SOCIO-ÉCONOMIQUES

    DES AUTEURS

    C'était quoi, le moment le plus marquant de ta présidence? 

    Mon premier mandat a été plutôt tranquille. C’est lors de mon 2e mandat, en 1999, que le scandale Cinar a éclaté. Là, ç’a brassé, mon ami ! Claude Robinson a découvert la pratique frauduleuse des prête-noms. Micheline Charest a alors déclaré que ces pratiques étaient nécessaires, étant donné «qu’il manquait de talent canadien». C’est cette phrase qui m’a fait sauter au plafond. Je me souviens, la conférence où le milieu a dénoncé Cinar et ses pratiques frauduleuses a été houleuse. Des journalistes voulaient que les associations se commettent pour exiger du gouvernement une commission d’enquête sur les pratiques des producteurs. De mon côté, je n’avais pas reçu le mandat de mes membres pour m’engager dans un tel processus, mais après que l’un d’entre nous ait sous la pression créé un malaise dans l’assistance, en malencontreusement laissant entendre qu’il valait mieux régler ces choses en « famille », je suis intervenue en disant que ce n’était pas une affaire de famille, qu’il s’agissait d’argent public. Et c’est cette déclaration qui a ensuite fait la boucle dans les médias. Je crois que les auteurs ont alors gagné des points pour faire reconnaître leurs droits.

    Est-ce qu'il y a un dossier que tu n'as pas eu le temps de mener à terme?

    Si je dois en choisir un, ce serait le dossier des séries d’animation en langue française. À la suite de l'affaire Cinar, la SARTEC s’est beaucoup battue pour que les séries d’animation soient davantage écrites en français. Je ne crois pas qu’on ait réussi, mais je n’ai pas vu de statistiques récentes. 

    Et qu'est que ça a changé dans ton travail d'auteure d'être Présidente?
     
    En fait, l’un nourrissait l’autre. Le combat syndical m’a ouvert des perspectives nouvelles sur le monde, sur les rapports humains, dont je me servais ensuite dans l’écriture. Je sortais de ma tour d’ivoire et je devais me battre sur le terrain. J’ai développé un sens de la stratégie et de la négociation. J’ai appris qu’en négo, il faut d’abord respecter son «adversaire» pour pouvoir le convaincre. J’ai appris à perdre et à ne pas me réjouir trop vite lorsqu’on gagnait. Cette dialectique est très proche de notre travail d’auteur...

    Et ton rapport avec les producteurs, a-t-il changé à cause de tes fonctions?

    Durant ma présidence, j’écrivais avec Louise Pelletier une série produite par Radio-Canada, donc je n’avais pas de rapports professionnels avec les producteurs. Ça m’a sans doute facilité la tâche… 

    Y'a-t-il une anecdote amusante qui te vient en mémoire sur tes années de présidence?

    Je venais tout juste d’être élue présidente, et je m’étais rendue à Ottawa avec notre cher Yves Légaré pour assister au cocktail d’ouverture du congrès annuel de la CFTPA, qui avait lieu dans une salle du parlement. J’avais à peine passé la sécurité et enlevé mon manteau qu’un producteur vient vers moi et m’engueule comme du poisson pourri à cause d’un problème qu’il avait eu avec un membre du personnel de la SARTEC. Je lui ai répondu que je venais d’accéder à ma fonction et que je n’étais pas responsable de la gestion quotidienne de mon association. Le lendemain, il m’a téléphoné pour s’excuser. C’était chic de sa part. 

  • Louise Pelletier | 1992-1996

    C'est précédemment à Louise Pelletier que les membres avaient accordé leur confiance. Elle a occupé le poste de 1992 à 1996.

    Louise, peux-tu me décrire le plus grand enjeu de ta présidence?

    C'est l'application de notre toute première convention qu'on venait de signer avec l'APFTQ. Aujourd'hui, tout se fait presque entièrement dans le privé, mais à l'époque la production privée c'était pas grand-chose. Avant l’entente, je me suis rendue compte que les producteurs gardaient tous les droits et que les auteurs étaient souvent payés à la semaine. Je me suis donc jointe à la SARTEC. Grâce à la Loi sur le statut de l’artiste et à notre obstination, on a réussi à signer la toute première entente collective. 

    L'APPLICATION DE NOTRE TOUTE PREMIÈRE CONVENTION APFTQ

    Et le moment le plus marquant?

    Le plus beau moment, c'était aussi le pire. C'était toute l'histoire du grief sur le crédit d'auteur à la Radio-Canada. J'écrivais À Nous deux avec Suzanne Aubry. On avait quatre choix comme crédit au générique: Une série de, créé par, un texte de ou tout simplement scénariste. C'est l'époque où les réalisateurs se présentaient comme les seuls auteurs de l'oeuvre audiovisuelle. Ils cherchaient à se définir de peur que les producteurs se déclarent comme auteurs. Ils nous accordaient qu'on était les auteurs des scénarios, mais que c'était eux les auteurs de l'oeuvre audiovisuelle. C'est évidemment inacceptable. Si un extrait d'une de nos séries est diffusé, même sans dialogues, on veut recevoir des droits. L'auteur est donc coauteur de l'oeuvre audiovisuelle, c'est évident. Pour affirmer leurs positions, les réalisateurs de la SRC qui étaient des employés se sont donc opposés à tout crédit qui pouvait sous-entendre qu'on était les auteurs de l'oeuvre audiovisuelle, même si ceux-ci figuraient depuis des années dans nos ententes. On a donc déposé un grief. En arbitrage, l’arbitre ne nous a pas donné raison pour les crédits généraux comme  « une série de », mais a statué que le crédit d'auteur a toujours été utilisé et ne pouvait nous être enlevé. La SRC n’a pas fait appel de cette décision, mais refusait de la respecter. On a donc arrêté de négocier avec la SRC. 

    Mais là où ça devient le plus beau moment de ma présidence, c'est quand on décide de solliciter les auteurs, et de signer une pétition. La Guilde des musiciens, l'UDA, le Syndicat des journalistes, tous ces gens-là nous ont appuyés, affirmant que la SRC devait respecter la décision arbitrale. Cette grande vague de solidarité profonde a vraiment été le plus beau moment pour moi. Et le 20 mars 1996, on a gagné. Les auteurs ont finalement eu leur crédit d'auteur. 

    Et ton rapport avec les producteurs, a-t-il changé?

    Le simple fait qu'on rencontre beaucoup de producteurs, ça aide un auteur. Par ailleurs, quand on a un agent, ça créé une certaine distance. 

  • Jean-Pierre Plante | 1984-1992

    Jean-Pierre Plante a été Président de la SARTEC de 1984 à 1992. Et pour les curieux, oui, il s'agit bien de mon père.

    Peux-tu me décrire brièvement les grands enjeux, les grands débats de ta présidence?

    À l'époque, c'était carrément une question de survie. En mai 1982, j'étais pas encore Président, mais j'étais déjà sur le conseil d'administration. Les recherchistes, qu’on représentait à l’époque, étaient maraudés par la CSN qui leur faisait miroiter de meilleurs salaires. À cause de la durée de leurs contrats, ils nous fournissaient plus de la moitié de nos revenus. Ça remettait en cause la survie même de la SARTEC, qui s'appelait la Sardec à l'époque. Nous avions alors réussi à les convaincre de rester avec nous.

    L'adoption de la

    Loi sur le statut des artistes

    D'autre part, la SRC produisait de moins en moins à l’interne et nous n’avions pas encore d’entente avec les producteurs privés. On se demandait vraiment comment on allait payer le loyer et les employés. Il fallait donc signer au plus vite avec les producteurs privés et  aussi pouvoir entrer à TVA. 

    Et ta plus belle réussite?

    Je me souviens avoir organisé une rencontre historique entre les deux guildes américaines et la SACD, ils ne s’étaient jamais parlé avant. J’ai alors agi comme facilitateur et interprète.

    Nous avons aussi travaillé avec l’UDA pour l’adoption de la Loi sur le statut de l’artiste en 1987. Plus tard, cette loi nous a permis de forcer l'APFTQ à nous reconnaître et à négocier avec nous pour la toute première fois. Nous avons entrepris de longues, mais fructueuses négociations avec eux. C’est d'ailleurs moi qui ai rédigé le texte de la convention, pour qu’elle reflète un point de vue d’auteur. 

    On n'était pas politique à l'époque. Oui, on se battait pour une certaine reconnaissance, mais on ne rencontrait pas les ministres. Comme nos membres ont toutes sortes d'allégeances et qu'on ne veut pas les froisser, on ne touchait pas à tout ce qui a trait à la souveraineté ou au fédéralisme. Les auteurs sont capables par eux-mêmes d'écrire avec nuance leur vision politique de la société. 

    Te souviens-tu d'une anecdote amusante durant tes années de présidence?

    Oh, oui. Et c'est en deux volets. André Dubois avait d'abord été invité à titre d'observateur à la rencontre de l'IAWG (International Affiliation of Writer's Guilds) en Australie. Le ministère du Tourisme les avait conviés à visiter un abattoir. C'était vraiment dégueulasse, et dans le petit avion au retour, tout le monde avait été malade. Plus tard, en revenant au pays, André Dubois nous a annoncé que la prochaine rencontre se ferait à Québec, mais qu'on devrait s'en occuper nous-mêmes parce qu'il quittait ses fonctions de Président. Les guildes membres de l'IAWG sont donc venues à Québec et on a organisé un méchoui à l'Île d'Orléans. Quelqu'un a alors demandé au délégué de la Nouvelle-Zélande: « What are we having for dinner?» et il a répondu: «As far as I can tell, dead sheep and flies.» 

     

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