Société des auteurs de radio, télévision et cinéma

Retour à la liste des nouvelles

Nouvelles des membres - Entrevues | Oct. 12, 2016

Spécial rentrée télévision

Comme par le passé, nous avons soumis aux auteurs des nouveautés télé de la saison 2016-2017 notre questionnaire maison. Voici leurs réponses.

Malheureusement, il nous a été impossible de joindre Luc Dionne (District 31), Serge Boucher (Feux), Kim Lizotte et Louis Morissette (Les Simone), Benoit Pelletier (Conseils de famille), Jacques Savoie (Mirador), et Isabelle Langlois (Lâcher prise).

L'échappéeécrit par Michelle Allen

Prémonitions, écrit par Patrick Lowe

Mes petits malheurs, écrit par Jean-François Léger

Ça décolle!, écrit par Daniel Langlois et David Leblanc

L'imposteurécrit par Bernard Dansereau, Annie Piérard, Étienne Piérard Dansereau

 

Télécharger le PDF.

  • Michelle Allen

    L'échappée, Amalga Créations Médias

    MICHELLE ALLEN  
       
    TÉLÉVISION  
       
     L'échappée  
     Mort en service  
     Lien fatal  
     Pour Sarah  
     Dans l'ombre des Shafia (documentaire)  
     Vertige  
     Destinées  
     Le 7e round  
     Au nom de la loi  
     Un tueur si proche (série documentaire)  
     Délirium (conseillère à la scénarisation)  
     L’or  
     Tribu.com  
     Diva  
     Graffiti  
     Lobby  
     L’or et le papier  
    ► Tandem  
    ► D’amour et d’amitié  
       
    CINÉMA  
       
    ► La ligne brisée  

    Michelle Allen

     

     

     

     


    Pouvez-vous nous résumer brièvement votre série télé?

    L'échappée est une série annuelle tournée en partie au Bic dans un décor grandiose.  En arrière plan, la vie d'un centre jeunesse, en avant-plan, une enquête policière.

    Depuis le jour 0, le sentiment de piétiner avec mes Doc Martens un univers complexe et explosif, celui de la DPJ, cette « para-justice » méconnue et mal aimée.

    Un projet qui n'entre dans aucune grille : trop de jours de tournage, trop de locations, trop de scènes, trop d'action. Des réécritures innombrables. Des acteurs jeunes  et sans expérience qui sont des pivots de l'action. Des tournages extérieurs dans des conditions météo apocalyptiques.

    Et pourtant,  l'écriture des 24 épisodes achève, l'histoire se  boucle de partout, les jeunes existent et  une directrice de Centre jeunesse que je croise dans un super marché me dit : Ta Claudie, elle est tellement juste.... J'en ai deux comme elle qui viennent de rentrer à mon centre.

    Dans les how to de scénarisation, il est rarement question de la part du miracle : un producteur qui y croit, une réalisatrice qui a des couilles de gars, des acteurs qui plongent et qui en redemandent.  

     
  • Patrick Lowe

    Prémonitions, Encore Télévision

    PATRICK LOWE  
       
    TÉLÉVISION  
       
     Prémonitions  
     Mémoires vives  
     Toute la vérité  
     Providence  
     Watatatow  
     Amélie et compagnie  
     Les Argonautes  
     Allô Pierre-L'eau  
     Sam Chicotte  
     Kaboum  
     Ramdam  
     Macaroni tout garni  
     Dominic et Martin  
     Coroner  
     Option séduction (INIS)  
       
    CINÉMA  
       
    ► Rien à déclarer (MM)  
    ► Soap Opera (CM)  
    ► Passionnato (CM - INIS)  
    ► Rêves de fortune (CM documentaire-INIS)  
       
    EN DÉVELOPPEMENT  
       
     Le joueur de piano  
     Pour qui sonne le verglas  
     Le transformiste (La vie de Guilda)  
     Vinland  

    Michelle Allen

     

     

     

     

     

     

     


    Pouvez-vous nous résumer brièvement votre série télé?

    Clara Jacob, une mère de famille en apparence ordinaire, souhaite le meilleur pour ses enfants Arnaud et Liliane, et ses petits-enfants, Félicia et Romain. Comble de bonheur - ou de malheur – les Jacob ne sont pas comme les autres. Chacun d’eux possède un don. Ces êtres hors du commun ont appris à taire leur différence et à se dissimuler parmi la population. Mais il est difficile, voire impossible pour eux, de ne pas utiliser leurs dons. Parce qu’ils sont différents, ils font peur, on les évite et certains veulent même les éliminer.

    Qu'est-ce qui a été le plus formateur pour vous dans l'exercice de votre métier d'auteur?

    J’ai fait le programme long de l’INIS en 1999 (documentaire, télévision et cinéma). C’est une formation complète qui m’a beaucoup apporté. Depuis, j’ai suivi plusieurs ateliers. Je suis allé faire le séminaire de Robert McKee il y a deux ans à New York. Ç’a été très formateur. J’ai lu plusieurs ouvrages sur le sujet, mais je trouve que la lecture de scénarios demeure une des meilleures façons d’apprendre notre métier.

    Avez-vous des « exercices »  « jeux » de créativité que vous faites à certains moments de l'écriture pour ouvrir des pistes ou régler certains problèmes?

    Lorsque j’ai un blocage, je vais faire du sport. J’aime le jogging. C’est généralement rendu au 5e ou 6e kilomètre que les idées me viennent. Sinon, je fais de la recherche et tente d’en apprendre un peu plus sur l’univers dans lequel mes personnages évoluent. Mais la façon plus efficace demeure selon moi les brainstorms! Malheureusement, le manque de temps et d’argent nous empêche d’en faire plus souvent au Québec. J’ai lu que pour la série Breaking bad, chaque épisode se construisait sur une période de 15 jours de brainstorm! 15!! Lorsque j’écrivais pour Toute la vérité, on se considérait chanceux d’en avoir deux ou trois. Ça fait, selon moi, toute la différence.

    Avez-vous le sentiment que la scénarisation est un métier méconnu des spectateurs? Des chroniqueurs? Des critiques?

    Je crois que le métier d’auteur est assez connu en télévision. C’est le seul endroit où on retrouve des « auteurs vedettes ». Mais puisque le médium de la télé tend de plus en plus à ressembler au cinéma, les réalisateurs prennent de plus en plus de place. J’ai même vu dernièrement une critique d’une émission qui parlait de la série du réalisateur sans mentionner l’auteur. J’espère que c’est un simple oubli et non une tendance lourde…

    L'écriture d'un scénario appelle beaucoup de commentaires à toutes ses étapes du processus avant de passer à sa réalisation - croyez-vous qu'il soit possible de rester ouvert aux commentaires sans s'éloigner de sa propre vision ? Comment réagissez-vous quand on vous demande de sacrifier des choses auxquelles vous êtes particulièrement attachés (kill your darlings)?

    L’important c’est d’être au service de l’histoire. Tout va tellement vite en télé. Le regard d’une bonne scripte-éditrice est essentiel! C’est vrai que parfois il faut se battre pour faire passer des idées. Mais il faut toujours demeurer prêt à faire des compromis. Un auteur de télé qui n’a aucune ouverture à la critique ou aux accommodements devrait écrire des romans.

     

     

  • Jean-François Léger

    Mes petits malheurs, Avanti Ciné Vidéo

    JEAN-FRANÇOIS LÉGER  
       
    TÉLÉVISION  
       
     Mes petits malheurs  
     Bye Bye (6 éditions)  
     Les Parent  
     Un gars, une fille  
     Dans une galaxie près de chez vous  
     Catherine  

    Jean-François Léger

     


    Pouvez-vous nous résumer brièvement votre série télé?

    Mes petits malheurs, c’est le regard nostalgique et humoristique d’un adulte dans la quarantaine sur son adolescence dans les années 80. Cette jeunesse a été ponctuée d’énormes mini-drames naïfs qui sont devenus, avec le recul, de beaux souvenirs.

    Quelle situation ou personnage vous a donné le plus de fil à retordre durant l'écriture?

    Le personnage de Claude Dubé, le père de famille, était le plus complexe à rendre. Père autoritaire et pourvoyeur des années 80, il incarne la discipline et l’ordre. Aux yeux du héros (Jeffy 13 ans) son père est un péteur de balloune professionnel, mais l’adulte que Jeffy est devenu et qui nous raconte l’histoire, doit à son tour faire preuve de discipline avec ses propres enfants. Avec le recul, il comprend mieux les motivations de son père. La difficulté était de bien faire ressortir les deux facettes du personnage du père pour qu’on puisse s’y attacher et s’identifier.

    Qu'est-ce qui a été le plus formateur pour vous dans l'exercice de votre métier d'auteur? Les scripts-éditeurs, la littérature, la lecture de scénarios ou de livres sur la scénarisation?

    Un bon script-éditeur est toujours d’une aide immense, mais parfois, la « vraie vie » nous donne les meilleures idées.

    Avez-vous des « exercices »  « jeux » de créativité que vous faites à certains moments de l'écriture pour ouvrir des pistes ou régler certains problèmes?

    Pas vraiment. La discussion avec l’entourage, le ou la script-éditeur et la productrice sont souvent suffisants. Parfois, les comédiens nous proposent aussi des pistes intéressantes sur leur propre personnage.

    Avez-vous le sentiment que la scénarisation est un métier méconnu des spectateurs? Des chroniqueurs? Des critiques?

    De moins en moins. Je crois que les gens en général comprennent l’importance du texte dans une série télé ou dans un film. Par contre, ce qu’ils ignorent, c’est la différence de moyens entre une série américaine disponible sur Netflix et une série québécoise disponible sur Tou.tv. S’ils savaient ce qu’on réussit à faire avec le peu de moyens qu’on a, ils réaliseraient le talent de nos artisans de la télé.

    L'écriture d'un scénario appelle beaucoup de commentaires à toutes ses étapes du processus avant de passer à sa réalisation - croyez-vous qu'il soit possible de rester ouvert aux commentaires sans s'éloigner de sa propre vision ? Comment réagissez-vous quand on vous demande de sacrifier des choses auxquelles vous êtes particulièrement attachés (kill your darlings)?

    Avant de m’opposer à un changement, j’essaye de comprendre ce qui dérange le lecteur ou la lectrice. Parfois, ce qu’on nous demande de couper n’est pas nécessairement le nœud du problème. On peut réussir à sauver nos coups de cœur quand ils sont bien intégrés à l’intrigue. Par contre, si c’est une digression de l’auteur, il faut savoir le reconnaître et se ranger. Par définition, l’auteur ne doit pas avoir trop d’égo et être au service de l’histoire.

     

  • Daniel Langlois et David Leblanc

    Ça décolle!, Attraction Images

    DANIEL LANGLOIS

    TÉLÉVISION
     
     Ça décolle!
     Gala des Prix Gémeaux (2 éditions)
     
    RADIO
     
     À la semaine prochaine, scripteur 2012-2014
     Fréquence OSM
     
    THÉÂTRE
     
     Revue et corrigée
     Diplômé de l'École nationale de l'humour 2005
     

    DAVID LEBLANC

    TÉLÉVISION
     
     Ça décolle!
     Ouache!
     Gros titres
     16H
     
    THÉÂTRE
     
     La famille Chose
     Insertions
     Minuit Kevin
     Pièces pour emporter

    Daniel Langlois et David Leblanc

     

     

     

     

     


    Pouvez-vous nous résumer brièvement votre série télé?

    « Ça Décolle! » est une sitcom à sketchs se déroulant à bord d’un avion de ligne. Chaque semaine, trois invités vedettes se joignent à l’équipage de l’avion (pilote, copilote et agents de bord) pour s’envoler vers différentes destinations. Chaque émission comprend trois vols distincts dans lesquels les invités vedettes interprètent chaque fois de nouveaux passagers. Un huis clos humoristique où des gens de toutes origines et classes sociales se côtoient le temps d’un vol!

    Quelle situation ou personnage vous a donné le plus de fil à retordre durant l'écriture?

    Le co-pilote Mohammed est né au Québec de parents d’origine algérienne. Il fait équipe avec le commandant Richard Lachance, homme d’une autre époque à la langue bien pendue. C’est un homme attachant et sans malice, mais aux connaissances assez limitées sur les cultures « étrangères ».

    La ligne était mince entre le faire s’interroger de façon maladroite et le rendre carrément raciste et antipathique. Jouer avec ces malentendus et préjugés bien présents dans notre société exigeait finesse et réflexion.

    Qu'est-ce qui a été le plus formateur pour vous dans l'exercice de votre métier d'auteur? Les scripts-éditeurs, la littérature, la lecture de scénarios ou de livres sur la scénarisation?

    Nous avons tous deux une formation d’interprète (Daniel en humour et David en théâtre) qui nous a habitués à se mettre un texte en bouche et créer des personnages crédibles et humains. L’écoute de nombreuses sitcoms depuis l’enfance nous a également inculqué les sens du punch et du timing qui sont essentiels en humour. Enfin, l’expérience acquise à travailler année après année sur différents projets de plus ou moins grande envergure permet de juger rapidement, d’instinct, de ce qui sera efficace ou non au final.

    L'écriture d'un scénario appelle beaucoup de commentaires à toutes ses étapes du processus avant de passer à sa réalisation - croyez-vous qu'il soit possible de rester ouvert aux commentaires sans s'éloigner de sa propre vision ? Comment réagissez-vous quand on vous demande de sacrifier des choses auxquelles vous êtes particulièrement attachés (kill your darlings)?

    Nous avons la chance de travailler en duo et d’être amis dans la vie depuis assez longtemps pour pouvoir se dire la vérité sans devoir prendre de détour. Si quelqu’un s’attache à une idée qui ne fonctionne pas, l’autre est là pour le lui faire réaliser. On arrive à se convaincre assez bien l’un l’autre, et lorsqu’on est tous les deux d’accord sur un gag, c’est qu’il a de bonnes chances de fonctionner.

    On a également pu être épaulés de façon incroyable par Johanne Larue qui était notre scripte-éditrice et productrice au contenu. Elle savait nous encourager, nous garder dans le droit chemin et pousser plus loin nos idées de la façon la plus efficace et agréable qui soit. Elle ne cherchait pas à nous emmener « ailleurs », mais plutôt exactement là où on voulait aller sans en être conscients ou sans savoir comment si rendre. Par une réflexion, une question, un commentaire, l’histoire qu’on cherchait à livrer se révélait à nous et l’humour trouvait le ton recherché.

  • Bernard Dansereau, Annie Piérard et Étienne Piérard-Dansereau

    L'imposteur, Sphère Média

    TÉLÉVISION
     
     L'imposteur
     Toute la vérité 
     Annie et ses hommes
     Caserne 24
     2 frères
     ...
     

    Annie Piérard, Étienne Piérard-Dansereau et Bernard Dansereau


    Annie Piérard et Bernard Dansereau écrivent ensemble depuis plus de trente ans. À la télévision, après avoir collaboré à plusieurs séries, dont  2 frères et Caserne 24Annie et Bernard ont écrit Annie et ses hommes, une aventure qui a duré sept ans. Ils ont enchaîné avec Toute la vérité qui traitait de l’univers des procureurs de la couronne.  La complexité du sujet, ainsi que le goût d’explorer d’autres méthodes de travail les ont amenés à s’adjoindre une équipe de scénaristes collaborateurs durant les six années d’écriture.

    Le dernier projet du couple, la série L’imposteur  a été écrit en collaboration avec leur fils Étienne Piérard-Dansereau qui vient de terminer le cours de scénarisation cinéma à L'inis après un certificat en scénarisation à l’UQAM. 


    Pouvez-vous nous résumer brièvement votre série télé?

    Ex-prisonnier, Philippe peine à reprendre sa vie en main lorsqu’un évènement sordide vient bouleverser son destin; Philippe devient un imposteur. Il mènera alors une double vie, chaussant à la fois les souliers de l’ex-trafiquant qui habite le sous-sol de ses parents et ceux d’un homme bien nanti au succès professionnel éclatant. Philippe avance sur un mince fil tendu entre deux univers où tout peut basculer au moindre faux pas.

    Quelle situation ou personnage vous a donné le plus de fil à retordre durant l'écriture?

    Étienne : Étant donné la prémisse de la série, garder le récit crédible était un défi à surmonter durant tous les épisodes.

    Bernard : Notre personnage principal fait semblant d'être quelqu'un qu'il n'est pas. Il se retrouve constamment dans des situations dont il n'a pas les clés.  Le plaisir de l'exercice, c'est qu'il est un peu comme le spectateur. Il découvre ce qui se passe au fur et à mesure.  Le défi d'auteur, c'était de communiquer ce qu'il y a dans sa caboche.  Qu'on accepte qu'il réagisse comme il le fait.

    Annie : Pour moi, ça a été de trouver la structure générale de la série.  Aller dans une direction, c’est en éliminer mille autres!  Pas facile pour une balance…

    Qu'est-ce qui a été le plus formateur pour vous dans l'exercice de votre métier d'auteur? Les scripts-éditeurs, la littérature, la lecture de scénarios ou de livres sur la scénarisation?

    Annie : Ce qui me semble avoir été le plus formateur c’est d’avoir des dates butoirs pour la remise des scénarios. D’avoir une échéance oblige à plonger et à rester dans l’eau.  Il y a rien de mieux pour apprendre à nager ;)

     

    Étienne : Parmi de nombreuses ressources, ma formation à L'inis a été des plus instructives parce qu’elle m’a plongé dans la pratique du métier de scénariste.

    Bernard : La télé elle-même a toujours été une grande influence. Comment faire quelque chose d'aussi vrai que Thirtysomething ou d'aussi magique qu'Ally Mc Beal, les séries qui faisaient le buzz, quand on a commencé? Mais en même temps, au moment de créer une nouvelle série, la dernière chose qu'on souhaite c'est qu'elle ressemble à autre chose qui existe déjà.

    Avez-vous des « exercices »  « jeux » de créativité que vous faites à certains moments de l'écriture pour ouvrir des pistes ou régler certains problèmes?

    Bernard : Essayer de se rappeler que si on écrit en équipe, ce n'est pas pour écrire seul.  Il faut « payer le prix » : accepter de passer assez de temps ensemble à chercher, à gosser, pour qu'une perception commune émerge.

    Annie : Pour l’Imposteur, quand on arrive devant un nœud, souvent on se donne une heure pour trouver une liste de solutions, chacun de notre côté, sans se censurer.  En partageant le tout et en se relançant, il arrive qu’on débloque.  Sinon, on s’enfonce davantage et on espère des jours meilleurs…

    Étienne : Prendre une marche, faire des listes, faire des brouillons… Il est difficile de trouver une recette!


    Avez-vous le sentiment que la scénarisation est un métier méconnu des spectateurs? Des chroniqueurs? Des critiques?

    Bernard : Ça me semble clair que les auteurs qui sont aussi comédiens ou humoristes prennent plus facilement leur place dans l'espace médiatique. Annie et moi, ce n'est certainement pas notre force.  Est-ce que c'est grave?  Il y a quelque chose dans l'anonymat qui me plait. On a un pied dans le show business et l'autre dans la vie plus "normale".


    L'écriture d'un scénario appelle beaucoup de commentaires à toutes ses étapes du processus avant de passer à sa réalisation - croyez-vous qu'il soit possible de rester ouvert aux commentaires sans s'éloigner de sa propre vision ? Comment réagissez-vous quand on vous demande de sacrifier des choses auxquelles vous êtes particulièrement attachés (kill your darlings)?

    Annie : Si un scénariste doit sacrifier sa « vision », c’est peut-être qu’il a le mauvais sujet ou les mauvais partenaires lecteurs. En télévision, quand on a confiance à nos premiers lecteurs (producteurs, diffuseurs, réalisateur), leurs commentaires sont souvent très précieux. Leurs yeux sont vierges et si quelque chose n’est pas clair ou pas intéressant pour eux, il y a bien des chances que l’effet soit le même pour la personne qui, au bout du compte, sera assise devant son écran. Si après réflexion, on décide de sacrifier quelque chose qui nous semblait important, c’est qu’on nous a convaincus… ce qui arrive quand même régulièrement.   

    Bernard : On a la chance de travailler avec des gens qui nous font confiance et qui respectent notre vision. L'imposteur nous a probablement demandé plus de réécriture que nos projets précédents, mais c'était fait dans un esprit de collaboration, sans crise, avec très peu de friction. L'ennemi était commun : comment faire la série qu'on voulait tous faire, en seulement 53 jours de tournage.